Trilogie de Patagonie crème glacée

J'espère que vous avez le temps parce que moi oui, vous comprendrez plus bas. 

Au passage, merci de remettre un bon coup de collet pour relancer cette belle idée de monnaie unique qui s'estompe aussi vite que mon budget sous les assauts répétés de financiers aux canines acérés. Je pense à tous ces travailleurs qui iront chercher les points de croissances avec les dents, merci de penser à ceux qui au delà de nos frontières, défendent une certaine idée de la France, et ce aussi longtemps qu'une monnaie forte leur permettra de le faire.

Ici bas dans l'hémisphère Sud, dans un monde sans dessus dessous, je vais m'autoriser à faire voler en éclats les conventions du récit et opérer un retour en arrière pour présenter d'une pierre trois coups quelques haut-lieux d'une beauté naturelle à faire palir Amanda Lear: le lit de glace du Perito Moreno, le sommet impossible du Fitz Roy et la fureur tranquille du Torres del Paine. En plus imagé encore, ça fais ça, un:





et deux:




et trois:




El Glaciar

Le Perito Moreno mérite bien une petite volée de chiffres: la bête fais 30 km de long, et 5 km de large, 75 mètres de haut au moment de se jeter dans le Lago Argentino. Impressionant mais il y a plus fort encore. Ce n'est qu'1,5% de la superficie du Campo de Hielo Patagonico Sur (champs de glace de Patagonie Sud) qui s'étend sur une longueur de 350 km et alimente 48 glaciers. 

Alors pourquoi tout ce foin autour du Perito Moreno ?! Simplement parce qu'il est facile d'accès et très beau. Alors on peut se balader dessus à pieds, devant en bateau, et puis en long en large et en travers depuis le promontoire lui faisant face. Sans changer de panorama durant une journée, j'ai quand même réussi à crâmer 7 pélicules de 36, c'est vous dire si c'est beau. A noter également que c'est un des rares glaciers au monde qui avancer, à raison de 2 mètres par jour. Théoriquement, parce que ça se fait dans la douleur: quotidiennement, d'énoooooormes glaçons se détachent de la falaise dans un grondement sourd, pour s'abattre dans le lac au plus grand plaisir frissonant du spectateur de la nature planqué derrière l'écran LCD de son appareil photo.

Le petit plaisir, ce fut d'arriver au petit matin vers 11H. Le soleil s'extirpe lentement de derrière la montagne faisant face au glacier. On peut ainsi voir la ligne d'ombre progresser jusqu'au bord de la falaise par le haut et laisser découvrir lentement toutes les nuances de bleus de la paroi glacée. Démonstration:



Fitz Roy

200 km au Nord d'El Calafate, par la mythique route 40, on atteind la localité d'El chalten. C'est un cul de sac puisque la route est ensuite fermée, mais un joli. La "ville" est la plus jeune d'Argentine, fondée en 1985 pour damner le pion aux Chiliens sur le tracé de la frontière. Elle est lovée au pied du Fitz Roy, connu pour être un des sommets les plus difficiles au monde. Seuls quelques grimpeurs chevronnés réussissent à le vaincre chaque année. C'est pas un géant, 3400 mètres "seulement". En s'approchant de la pointe sud du continent, la cordillère perd de la hauteur mais c'est surtout la météo et la verticalité du sommet qui en fait une épreuve redoutable. A cette latitude, il y a très peu de terres pour stopper les vents qui tournent autour du globe. Les dépressions du Pacifique viennent taper pleine balle dans la cordillère au raz de l'Océan. Dans la vallée du río Eléctrico, au Nord du massif, le vent peut être de 100 km/h tout au long de la journée, avec des rafales à 180 km/h. Il faut une longue et difficile marche pour rallier le point de départ de l'ascension, et on peut retourner le problème dans tous les sens, il faut se farcir un mur de roche granitique très dense d'environ 1000 mètres pour espérer atteindre le sommet. Pour résumer la situation, je cite Lionel Terray qui a conquis le somment principal en 1952 avec un pote Italien: « De toutes mes ascensions, la conquête du Fitz Roy est celle où j'ai le plus approché des limites de ma force et de mon courage. Le mauvais temps qui règne presque en permanence, le verglas qui tapisse la partie supérieure de la montagne et surtout les grands vents qui font peser sur les grimpeurs une menace mortelle, rendent l'escalade beaucoup plus complexe, hasardeuse et épuisante que celle des plus difficiles parois alpines. » Au passage, si vous voulez un bon article sur l'alpinisme, c'est .

Depuis un bon mois que j'ai quitté notre présipauté, je marche sérieusement une fois tous les trois jours. De là à verser dans l'andinisme (si si on dit comme ça ici), restons bien tranquille. Je vais donc m'en tenir à mon crédo et profiter des sentiers autour sur 2 jours. Après tout, El Chalten se défini comme la capitale argentine du trekking. Comme plusieurs fois depuis mon départ j'ai été gâté sur la météo, le premier jour en tout cas. Un temps très dégagé autour du Fitz Roy, ce qui est rarissime. Charmante promenade avec quelques concitoyens qui sont légions en Patagonie. Le 2ième jour sera d'un autre acabit. Ciel bas et no visibility sur le Cerro Torres. Un peu faché quand même, je vois juste le bout du glacier mourrir dans le Lago Torres alors que j'ai crapahuté à travers des paysages désolés pour en arriver là. J'ai notamment traverser seul comme une âme en plaine un désert d'arbres morts exposés à tous les vents. Avec ma petite capuche, je me suis cru Monsieur Frodon en route pour le Mordor: 



Le Fitz Roy est entouré de sommets secondaires aux noms aussi évocateurs que Saint Exupéry, Guillaumet et Mermoz. Encore une fois, on nous rebat les oreilles avec Saint Ex, mais c'est Mermoz le véritable héros de l'aéropostale en Amérique du Sud. C'est lui qui mit en place le pont aérien entre Buenos Aires et Santiago, permettant au Chili de sortir de son isolement. Le lycée français de Buenos Aires porte son nom et une artère de Santiago a été baptisée en son honneur. Quant à Guillaumet, c'est un type discret au milieu de grandes gueules mais il ne donne pas sa part d'héroïsme au chien. En Juin 1930, alors qu'il survole la Cordillère des Andes, son avion s'abime sur la Laguna Diamante à cause du mauvais temps. Dès qu'il apprend la nouvelle, Saint Exupéry décolle et part à la recherche de son ami, en vain. Plusieur fois tenté de se laisser mourir, le bonhomme sauvera sa peau tout seul en marchant 5 jours et 4 nuits, franchissant 3 cols, avec pour seul équipement contre le froid hivernal, son blouson de pilote. Les villageois qui le recueillent diront simplement "es impossible". Lui dira à Saint Exupéry "Je te jure que ce que j'ai fais aucune bête ne l'aurait fait". C'était la 92ième traversée des Andes pour Henri Guillaumet, pas rancunier, il la franchira 193 fois. 

Torres del Paine

Le parc Torres del Paine est au patrimoine de l'Unesco, comme la ville du Havre me direz-vous, mais rien à voir. C'est un concentré de ce qui se fait de mieux en Patagonie: sommets abruptes et enneigés, glaciers, lacs émeraudes, ruisseaux, rivières, et steppes jaunies. Le tout enveloppé d'une lumière d'automne qui se faufile entre les nuages. 

Le meilleur moyen d'explorer les 200 000 hectares du parc, c'est de marcher, chacun son aventure:





Jour 1

Départ à 7h30 de Puerto Natales, arrivé au poste d'administration du Parc à 11H, quelques 110 kilomètres plus loin. On se traine on dirait, mais la route d'accès est une piste en terre, partiellement défoncée sur certains secteurs. Comme d'hab, il y a le lever de soleil vers 8h30. Que ce soit le lever ou le coucher, et je l'ai testé du Nord au Sud de la Patagonie, le ciel est rougeoyant du côté de l'astre, qui renvoit des reflets roses et mauves à l'opposé. C'est bien beau. 

La première étape est un tronçon de 5h pour rallier le Refugio Paine au bord du Lago Pehoe. Je démarre avec un couple d'Australiens et deux compères Coréens qui apprendront en fin de journée que je ne suis ni Argentin ni Chilien. Le chemin longe le Rio Grey à travers une plaine où paissent quelques chevaux en libertés. La météo se dresse contre nous et rend la progression difficile: vent de face avec pluie puis grêle. Sur les 3 premières heures, pas un arbre ou un semblant de bosquet pour s'abriter, il faut continuer d'avancer. Les Coréens (Charly et Ricky "like Ricky Martin" me dira-t-il) se trainent. J'apprendrai plus tard que ces tarés comptent camper, portent 25 kilos (je devais être à 10 max), dont 2 bouteilles de vin et au moins 6 grandes canettes de bière. Arrivé au refuge, ils cuisineront du porc sauté avec du riz aux épices. C'est comme si je me trimbalais en méga-randonnée avec de quoi lancer un pot-aux-feu !!!

Après ces quelques heures difficiles, arrivée au Lago Pehoe, le Cerro Paine Grande sort la tête des nuages, le refuge est bientôt en vue, le froid, la pluie et la grêle, tout peut s'oublier devant ça: 




Le refuge est spacieux et à notre arrivée, seule une anglaise grelote devant le poele. J'ai un dortoir pour moi tout seul mais avec le recul, je ne sais pas si c'était pour le meilleur. Le confort est sommaire. Hormi le poele dans la pièce principale, il n'y a pas de chauffage, pas d'eau chaude et l'electricité uniquement de 18h30 à 22h. Dehors, la nuit il fait -3/-4 d'après le gardien du refuge (qui lui aussi m'a pris pour un Chilien!!?), plus le vent qui ne s'arrête jamais. J'ai une pensée pour mes Coréens qui mourront peut être le ventre bien rempli. Plus tard, ceux qui auront essayé la tente et le refuge me diront que la température est à peu près identique dans les deux. En me reveillant toutes les 2 heures pour rempiler des couches de vêtements, j'ai fini à 4 heures du matin avec toutes mes sapes, bonnets et écharpes compris. A cette heure là il faut encore tenir 4 heures avant de voir le soleil poindre. Bien en boule dans le sac de couchage, je suis reparti pour une sieste.

Jour 2 

Précision: il y a 2 immenses vitres dans la chambre qui n'aident pas à maintenir la température. En revanche, pour voir le soleil se lever sur le lac comme au premier matin du monde, ça fait très bien l'affaire. Il y a des nuages et du vent, mais comme toujours. Je pense que la journée va être belle et je pars la fleur au fusil à 9H comme en 14. Sur le papier j'ai 9h de marche pour rallier le second refuge, le soleil se couche à 18H,  9 et 9 font 18, donc pas le temps de trainasser. Les autres complices misent sur des balades avec retour au même refuge. Je suis donc obligé de m'engager seul pour le jour le plus long (25km sur les 60 du total). Très vite la météo tourne et le vent devient plus fort. Il faut anticiper les rafales qui se signalent à des centaines de mètres dans la vallée en faisant gueuler toute la végétation sur leurs passages. J'ai failli me biner une ou deux fois sur le côté du chemin à cause du vent, faut dire que mon sac ne m'aide pas. Soyons clair de suite, je n'aurais pas beaucoup de photos de ce jour là, mais voici comment on peut saisir le vent:


Il y a plusieurs campements et refuges intermédiaires sur le parcours mais en cette saison, seuls deux restent ouverts. A 11h, je passe au Campamiento Italiano, personne. Je suis plutot en avance. J'en profite pour remonter un peu la rivière et voir le glacier. Après quelques centaines de mètres, j'aperçois le bas de la coulée mais le ciel est bouché, autant faire demi-tour et reprendre ma route, il me reste 7h de marche et la pluie commence à tomber définitivement. Très vite, c'est le déluge, je longe le Lago Nordenskjold (oui oui on est bien Chili, je suis pas défoncé) à travers une alternance de forêts et de végétations basses qui viennent s'essuyer les branches sur mon pantalon d'une manière très désagréable. J'arrive au Refugio de los Cuernos un peu avant 13H trempé comme un jeune castor. Il est censé être fermé mais j'aperçois quatre types à l'intérieur autour d'un poele, petit moment de répis. Le truc est en travaux et tous les quatre portent des santiagos aux pieds. Je me demande qui sont ces hurluberlus, est ce qu'ils sont là pour bricoler ou pour tourner un western carbonara. Il me disent qu'ils se dirigent à cheval vers le même refuge que moi. Dans mon arrivée en catastrophe, je n'avais pas vu les bourrins qui sont garés de l'autre côté du refuge. Ces types sont des gauchos. Rien à voir avec nos gauchos qui cuisinent des merguez revendicatives Place de la République. Le "ga-otcho" est le cow-boy d'Amérique du Sud.

Je m'arrête pas plus de 20 min, le temps de grignoter un morceau. Je suis trempé et j'aurais très froid en repartant si je reste trop longtemps. J'ai tenu la journée grâce à mon pot belge: fruit sec à portée de main et 1/3 de Gatorade, 2/3 d'eau de ruisseaux. Je repars à 13H, sur le papier il me reste 4h de marche, j'en ai déjà gagné une sur la matinée. C'est avant 14h que j'aurais les deux moments valables de cette journée: la deuxième partie de parcours est un enchainement de collinettes en bordure de lac (toujours le même, il fait 17 km de long), montée à 200/250 mètres, puis descente et ainsi de suite... Je marche comme un âne... dans la 2ième ou 3ième montée, tête baissée sur mes godasses, bonnet et capuche sur la tête, sans savoir pourquoi je lève les yeux, et là, gigantesque à moins de 50 mètres au dessus de ma tête, 13h36, le condor passa, les ailes déployés face au vent. Il était tellement près que je l'ai vu se rapprocher et j'ai eu un doute stupide. Mais non, il saisi un autre vent, vire à gauche et disparait. Il m'a bien surpris ce plaisantin.

Quelques minutes plus tard, les gauchos se pointent au petit trot, la classe internationale, santiagos dans l'étrier, poncho sur le dos, et chapeaux sur des tronches de mercenaires. C'est un beau moment mais difficile à vivre à pieds habillé en Quechua. 

45 min après mon départ du refuge, le ciel continue de me tomber sur la tête mais cette fois-ci la pluie se transforme en neige. Au début, je me sens mieux, c'est plus froid mais moins humide, donc un petit gain en terme de ressenti. Au bout de 30 min, coup de pression, la neige commence à tenir. Outre la blessure, ma seul hantise en marchant seul est de perdre le chemin. Les cailloux sont glissant, j'y vais donc piano dans les descentes, il vaut mieux terminer à la lampe torche que de se vriller une canne. Foutu pour foutu, je passe les ruisseaux sans prendre la peine de marcher sur les rochers. Je crois que l'eau froide est bonne pour la peau, mes pieds me remercieront plus tard. Les cow boys ont transformé le chemin déjà limite par endroit en véritable champs de patate mais au moins, suivre les traces de sabots est rassurant. Comme dans chaque marche, la dernière heure compte comme deux. Je franchi une collinette, puis une autre, puis encore une autre, en pensant que c'est à chaque fois la dernière. A 300 mètres devant, je vois un paneau, je m'approche: refuge 3 km. Enfer et damnation, moi qui me croyais à 20 min. Tant pis, on se ressaisit, à bon allure c'est 45 min... je trotte, je trotte, je trotte... Encore une petite montée en haut de laquelle, à découvert, et pour la énième fois de la journée, je me fais arracher par le vent la protection de pluie de mon sac, mais enfin, j'aperçois le refuge comme un bateau dans la tempête et ce mot refuge prend tout son sens !!! Aaaaaaaaaah j'ai mal aux pieds mais je descend la dernière pente à tombeau ouvert, le refuge disparait deux fois, réapparait, dernier pont au dessus d'une rivière, dernier virage, PNC aux portes... 

De refuge, c'est un véritable hotel qui officie également en tant que refuge lorsque la plupart des autres sont fermés. Je pensais qu'ils allaient me coller à un bâtiment annexe, à l'écurie par exemple, meuh non, ils cassent les prix pour une vraie chambre avec du chauffage, il faut juste amener sa literie (Quechua encore une fois). Après tous les dortoirs et le refuge de la nuit précédente, me voilà dans une coquette chambre d'une charmante hotellerie de montagne. Et par Saint Christophe, si le Ciel se fâche, il sait être juste envers ses pélerins, en ouvrant la porte devant moi une baignoire me tend les bras, pareil à une vasque prête à se remplir d'eau bénite !!! Et plouf... comme Colt Seavers après un bon épisode. 


Niveau chrono, je peux remercier mes petites pattes d'avoir tournées comme des chenilles. Je suis arrivé à 16h. Mes australiens feront le même chemin le lendemain par temps clair, en partant à la même heure, ils arriveront à 18H30 après la tombée de la nuit.

J'aurais perdu beaucoup des paysages pendant cette journée, mais je ne regrette pas, ce fut une sacrée expérience. Hormi un coup de stress quand la neige a tenu et...  bon aussi avec le condor, mais ça reste entre nous, j'ai tenu le cap sans paniquer ni perdre le moral. Droit dans  mes bottes. Bon point.

Jour 3

C'est presque une promenade de santé, le ciel est radieux mais le chemin est couvert de neige et de glace. J'ai appris à me méfier de ces lendemains qui chantent et je garde un oeil et le bon sur la couleur du ciel. Le but de l'expédition est de s'enfoncer dans la vallée Ascensio pour s'approcher au plus près des fameuses Torres del Paine, trois piliers de granite, emblèmes du Parc. Ca commence par une rude ascencion et les jambes sont dures. Le sac est censé être plus léger (j'ai mangé quelques kilos!) mais j'ai l'impression qu'on y a planqué des cailloux pendant mon sommeil, je paye mes efforts de la veille. Après la première ascension, le chemin est étroit, enneigé et verglassé, à flanc de pente raidasse avec un rio 100 mètres plus bas. Je me dis immédiatement que si la météo tourne, ce passage est très dangereux. Je décide que si le vent se lève et le ciel s'assombrit, je fais un replis à toute berzingue pour pas me faire piéger, heureusement ce ne sera pas nécessaire. Au bout de 2h, arrivée au Refugio Chileno, pas un chat. La suite est easy, on longe la rivière, ça monte et ça descend un peu, ça serpente dans la forêt. La grosse difficulté est de rester sur ses deux pieds en choisissant la neige et pas les plaques de verglas. Arrive enfin la vraie difficulté du jour, la dernière ascension vers les tours. Le panneau indique 45 min, ça doit être en été parce que je mettrai une heure. Avant d'attaquer j'ai croisé 2 couples qui revenaient, le chemin est donc tracé dans la neige, merci les gars parce que sur la dernière partie j'ai de la neige jusqu'à mi-mollet. Arrivée en haut la vue sur les tours est spectaculaire. Il fait malheureusement trop froid, et je dois faire demi tour au bout de 15 min après une légère collation. Retour sans histoire, j'ai le temps de dérouler et faire quelques photos avant le bus...

Mais pourquoi est-il aussi long????!!! Paaaaarce queeeeeee!!!!

C'est fini la Patagonie et une sortie ça se soigne, je prend la voie royale: embarquement immédiat sur le ferry qui m'emmène de Puerto Natales - Région XII Magellan et Antarctique Chilienne - jusqu'à Puerto Montt à plus de 1000 km au Nord, à travers les canaux de Patagonie.

Je suis donc sur un bateauôôôôôôôôô, 3 jours et 4 nuits. 





Pour mettre un peu de poésie dans ce monde de nerveux, mon bateau c'est l'Evangelistas et il a levé l'ancre depuis el Seno Ultima Esperanza, la baie de la dernière Espérance. Soupir.

Bon ok ok,  je sens qu'il est temps de faire un point route avec vison fluté:


Afficher La grande boucle sur une carte plus grande


Petit soucis, gloogloo maps ne gère pas du tout les tracés de route en Terre de Feu. Je me suis contenté de piquer les villes ou j'ai vandalisé quelques abris-bus. Pour les routes maritimes à travers les canaux de Patagonie, traces toi-même le parcours à l'aide d'un crayon de bois sur ton écran d'ordinateur. Si tu galère autant que dans ton journal de Mickey, la réponse se trouve ici!

C'est pas la foule, on doit être 25 passagers dont une dizaine de routiers et une quinzaine de molchilleros (molchilla = sac à dos). J'en connais déjà la moitié que j'ai rencontré de-ci de-là au long de mon voyage. Rencontrer beaucoup de gens veut aussi dire s'en séparer aussi souvent, c'est donc agréable de se retrouver pour une "croisière s'amuse" emmenée par le Capitaine Flores (à sa santé!). On papote, on joue aux cartes, on mate des films et on oubli pas de regarder le paysage quand c'est possible. Je partage ma cabine avec 2 suisses bon bougres rencontré la veille du départ à mon hospedaje (auberge). Je les retrouverai probablement à Santiago pour un explosif Suisse-Chili le 21 juin. 

Le bateau dispose d'un bar mais on est libre d'amener nos propres sodas, c'est chose faite. Le souvenir de 54 est bien trop vif, hors de question de se retrouver à cours de munitions au troisième jour comme dans la cuvette de Dien Bien Phu. Le risque c'est aussi que la pétoire s'enraye. Outre les canaux de Patagonie qui s'apparentent à des fyords, il y a 12 heures de trajet entièrement à découvert, en pleine mer. Le capitaine nous a promis que ça balancerait un peu, pas faux. La mer ne paraît pas démontée pourtant le bateau subit. C'est nettement moins la fête et beaucoup regagnent leurs cabines, bibi y compris. Je trouve mon salut sur ma couchette, comme un petit jésus bercé par la houle du Pacifique Sud. La bataille a commencé juste au moment du déjeuner, et je lutte un peu pour conserver tout le bénéfice d'une bonne digestion. Je pense à tous ces hommes courageux qui ont traversé l'océan pour que nous puissions manger de la morue le dimanche et tous les autres jours de la semaine aussi... Honoruuum Pater Bacalauuum !!! Aaaah je divaaaaague (<= ici ce cache à l'eau un jeu de mot marin) !!! 

Blague à part on a quand même pris quelques bonnes vagues. Au dîner, une déferlante nous a tabassé à bâbord, bien penché, les tables se sont soulevées et chevauchées, le Clos de Pirque cuvée millésimée en tretrapak de 2L s'est répandu comme du sang et j'ai failli prendre les bolognaises sur la cravate !!! Les deux de la table voisine ont eu de moins bons appuis, résultat: table, chaises et les deux culs par terre !!! 

Avant de partir, un petit peu de réclame. Rencontré à Ushuaia, un autre point de vue sur la Patagonie: bien écrit comme on aime, concis mais descriptif, photos, tout y est: 



Merci bonsoir, la Patagonie c'est fini. Et quelle meilleure conclusion que la page liminaire d'une histoire d'aviateurs de qui vous savez pour vous donner envie d'explorer ces terres de vos yeux propres: 

"Les collines, sous l'avion, creusaient déjà leur sillages d'ombre dans l'or du soir. Les plaines devenaient lumineuses mais d'une inusable lumière: dans ce pays elles n'en finissent pas de rendre leur or de même qu'après l'hiver, elles n'en finissent pas de rendre leur neige. 

Et le pilote Fabien, qui ramenait de l'extrême Sud, vers Buenos Aires, le courrier de Patagonie, reconnaissait l'approche du soir aux mêmes signes que les eaux d'un port: à ce calme, à ces rides légères qu'à peine dessinaient de tranquilles nuages. Il entrait dans une rade immense et bienheureuse. 

Il eût pu croire aussi, dans ce calme, faire une lente promenade, presque comme un berger. Les bergers de Patagonie vont, sans se presser, d'un troupeau à l'autre: il allait d'une ville à l'autre, il était le berger des petites villes. Toutes les deux heures, il en rencontrait qui venaient boire au bord des fleuves ou qui broutaient leur plaine. 

Quelquefois, après cent kilomètres de steppes plus inhabitées que la mer, il croisait une ferme perdue, et qui semblait emporter en arrière, dans une houle de prairie, sa charge de vies humaines, alors il saluait des ailes ce navire."

Aux sombres héros de l'amer


54 degrés de latitude Sud,
à cheval (yihhaaaa ) sur les 50ièmes Hurlants (wooooahaaaaaaaaa), 
la tignasse aux vents, et dépassés les 40ièmes Rugissant (miaou) !!!

La preuve en image, sur le GPS de Silvio ("como Berlusconi, pero sin la plata, jajajajajaja" dixit himself):


La bourgade s'appelle Ushuaia, son idée de fin du monde transformée en marketing touristique et ses sources naturelles de gel douche, à 3 100 km de Buenos Aires par la route, et 12 500 de la Porte de Bagnolet par les airs. Planté au fin fonds de la "Tierra del Fuego", c'est la ville la plus australe du monde, quoique ça se discute et on ne se privera pas d'ouvrir le débat.

La Terre de Feu, qu'est-ce à dire?

Petit rappel géographique pour les feignasses du fonds de la classe: c'est un archipel divisé entre le Chili et l'Argentine, avec une île principale "Isla Grande", séparé du continent par le détroit de Magellan que j'ai modestement franchi (bip bip! C'est pas rien dans la vie d'un marin, surtout d'eau douce du dimanche de la saint Glin Glin)... et puis des dizaines et des centaines d'autres îles et îlots pour la plupart inhabités, et des cailloux et des rochers jusqu'au dernier d'entre eux, le Cap Horn, cimetière marin (tu flippes là hein?).


Pourquoi la Terre de Feu?

C'est pas qu'il fasse tellement chaud chaud ici... ben non, simplement lorsque Môssieur Magellan longe la côte au 16e siècle, quelle ne fut pas sa surprise de voir des myriades de feux allumés sur ces terres hostiles balayés par les vents et la pluie. Et pour cause, toc toc, c'est occupé, ah bon? Ben ouais, c'est nous les Yamanas, on est là depuis 7000 ans, on se caille les miches, on a ramassé un peu de bois, permettez-non? Ben pas longtemps alors... Quand le visage pâle reviendra s'intéresser à ce bout de terrain au XIXe siècle, il ne faudra pas plus 70 ans pour les voir quasiment tous disparaître victimes d'épidémies.

Le saviez-vous?

Et bah là moi ça m'a coupé la chique et claqué le beignet. J'ai un t-shirt technique, un t-shirt à manche longue, une polaire et un coupe-vent, j'ai aussi un pantalon évidemment et un caleçon long "technique" à ne pas confondre avec un collant svp, et j'ai froid. Lors du second voyage du HMS Beagle commandé par le Lieutenant Robert FitzRoy, Charles Darwin débarque en Terre de Feu en 1832 devant ce qu'il qualifiera "de forme d'humanité la plus primitive sur Terre": nez à nez avec des Yamanas nus comme des nouveaux nés !!! (allitération en "n", je l'ai piqué à Kool Shen, j'enchaîne).

Les Yamanas vivaient nus et pour résister au froid la recette est la suivante: on fait du feu, même dans les canoës, on s'enduit de graisse de phoque, on reste assis en boule pour réduire la surface en contact avec le froid. Evidemment, ils nageaient aussi pour aller chercher des mollusques. Les femmes uniquement, il me semble, les hommes eux se réchauffaient en s'attaquant aux lions de mers. J'ai fais un tour en bateau pour aller voir ces lions de mer (en visite de courtoisie, je bouffe au resto moi), on nous a fait savoir qu'un sportif très entraîné pourrait tenir 18 min dans cette eau et un quidam moyen pas plus de 5 min. Je vise un p'tit 6'30 en me gardant bien d'aller vérifier.


Pour revenir sur cette histoire sans fin de bout du monde, les argentins revendiquent Ushuaia (qui d'ailleurs de prononce "Oussouaia", pas de bol, pour une fois c'est pas un "sheu") en tant que ville (plus de 15 000 habitants). Il existe cependant un dernier village sur la magnifique île de Navarino, en face, de l'autre côté du canal de Beagle (ding! ding! Beagle le bateau). Il s'agit de Puerto Williams, des militaires Chiliens, quelques baraques et des poneys en liberté, le dernier port pour les bateaux en route pour le Cap Horn et l'Antarctique. Plus de 150 km de sentiers à travers des paysages sauvages où de subites tempêtes de neiges peuvent s'abattre en plein été. Malheureusement, en cette basse saison, il y a peu de liaison et le prix s'en ressent (300 dollars US pour 40 min de zodiac, on va peut être se calmer). Je m'arrêterai donc ici avant de remonter. C'est aussi près de Puerto Williams que l'on peut croiser "abuela" Cristina Calderon, 72 ans, probablement pas toutes ses dents mais avec des vêtements, la dernière Yamana à parler cette langue isolée qui disparaitra avec elle.


On m'a dit qu'il n'y avait pas grand chose à faire à Ushuaia mais je suis quand même resté 6 jours (bon j'ai raté un bus, j'avoue). Je trouve ça beau. Les montagnes, les couleurs, la baie, les oiseaux, les bateaux, les maisons. C'est une baie entourée de montagnes, le soleil est très bas toute la journée, il se lève longtemps et recouche lentement, les couleurs changent sans arrêts. Il n'y que les chiens errants qui commencent à me tanner. J'avais aussi envie de me poser en arrivant à cette fin du monde en début de tour du monde. C'est un peu comme dans une randonnée quand on va faire demi-tour, peu importe ou on est, on prend le temps s'arrêter, c'est pas un 100m de natation, toucher, roulade et pousse sur les jambes pour repartir.   


J'ai fais des photos, de la marche, du bateau, du submarino (un truc à boire), du musée et même de l'avion. Je me suis fais engrener par Lavinia  (si si c'est prénom) mais je la remercie. Un vol un peu chaloupé avec les vents tournoyant des sommets environnant mais un vol de plus mené à bonne fin pour l'aéropostale de Patagonie! ! Pour cette mission à 2000 pieds, j'ai fais confiance à Carlos alias "la stache la plus australe du monde", le sosie du Jack Dalton de Mc Gyver. Je suis un peu jaloux de ses bacchantes à vrai dire. 



Je me suis aussi enfilé mes derniers steackos argentins qui me font revoir le Mac Do de la Porte de Bagnolet à travers un vieux songe végétarien.

Je continue ma route demain, direction Punta Arenas, Chili, la ville la plus australe... du continent. Bizarrement, la ville est composée à 50% de descendants Croates (Rolih, un commentaire?)... Et deuxième passage du détroit de Magellan... pour un mec qui n'a jamais foutu les pieds sur un optimiste, ça commence à faire beaucoup et c'est pas fini...

Ah oui, si tu souhaites voir des photos de Buenos Aires, clic sur la boite à images curieux lecteur.

p.s.: je tiens à remercier tous ceux qui de près ou de loin (ça veut rien dire mais ça prend de la place dans un message de remerciements), collègues ou amis ont contribué à agrémenter mon voyage et mes souvenirs en me gratifiant d'un cadeau ou bonus euh enveloppe de départ. Pour l'enveloppe, elle est déjà repartie aux quatre coins de l'Argentine, pour ma tenue tropicale bling bling, je ne manque jamais l'occasion de l'enfiler, au moindre rayon de soleil comme ici sur le glacier au dessus d'Ushuaia: 


Un p'tit Perito Moreno on the rocks !

Bon, une petite vidéo pour briser la glace (uhuhuuhu)...


Je ferai un point route complet une fois arrivé à Ushuaia, pour l'instant votre capitaine est coincé à quais (de bus). Le satané autobus part à 3h du matin pour un changement à 8h30 à Rio Gallegos pour 12 h de trajet jusqu'au bout du monde. S'il n'y a pas de bus de nuit qui parte à une heure décente, c'est probablement parce qu'il faut passer deux fois la douanes chiliennes qui n'est ouverte que la journée, et on vide bien les sacs... Je file, je vais squatter une auberge (pour commencer la soirée) avec des jeunes gens que j'ai rencontré ces derniers jours, ça m'évitera de moisir trop longtemps dans une gare routière... Quand les petits seront couchés, je devrai me résigner à affronter la nuit noiiiiire et froiiiiide jusqu'à retrouver les feux de l'autobus, tel un phare au bord du détroit de Magellan !!!

Bon trajet matinal.

Ici fusée à tour de contrôle



Alpha tango pepe rangers, indiquez votre position !!!

Ici fusée à tour de contrôle
Les étoiles jouent leur rôle
De perles d'oubli au cœur d'un roi qui se languit
Et je ris très fort, j'ai très peur, je revis
Mais seul dans ma boite de conserve
Seul, je m'endors dans un monde fou
Et j'en oublie jusqu'à vous...






Gérard Palaprat, en reprise de Space Oddity si vous ne connaissez pas (sauf la première ligne qui serait plutôt à mettre au crédit de Gregory "Papy" Boyington).

Plus prosaïquement, ma boite de conserve, c'est un autobus et je traverse la localité de Puerto San Julian dans la Province de Santa Cruz, le premier lopin de terre argentin où un gringo posa ses espadrilles en 1520, un certain Magellan d'après les registres, le mec qui a inventé le tour du monde ! Respect "che" (le "che" argentin correspond au "dude" américain, et il valu son surnom à un célèbre révolutionnaire en campagne au Guatemala).

Il est exactement 4H03 du matin à ma rolex en plastoque, je roule plein pot dans la nuit étoilée de Patagonie, direction El Calafate, où je poserai le pied dans au moins 8h. El Calafte se situe exactement à 2900 km de Buenos Aires, à 900 km d'Ushuaia et il n'y a pas de RER.


Je me suis bourré de café à volo dans le bus, ce qui explique mon exceptionnelle insomnie, mais ne vous inquiétez pas, d'ordinaire je fais très bien mes nuits. Comme de coutume, je me suis mis à l'étage au premier rang en 16/9ième sur le défilé de carte postales (quand il fait jour évidemment), ne manque que Bombon el Perro à mes côtés. Je me contente d'un australien, au moins il ne bave pas.



Depuis Buenos Aires, j'en ai sifflé des kilomètres en bus... j'ai d'abord traversé la Pampa, alors j'entends Pampa par-ci Pampa par-là, il y en a même qui en font leur beurre en musique "como una Pampaaaaaa triiiiiiiiiiiste" (héhéhé, merci, merci ne l'encouragez pas). La pampa, qui signifie plaine en Quechua, est en Argentine la région centrale-ouest qui grosso merdo s'étend de Buenos Aires jusquà 1000 bornes plus bas. La pampa! La pampa! "Morne plaine, comme une onde qui bout dans une urne trop pleine". Ensuite, commence la Patagonie à proprement parler, qui peut se diviser entre Patagonie andine et Patagonie centrale et atlantique.

Je suis arrivé à Bariloche et sa région des lacs dans le nord de la Patagonie. Cette région est souvent comparée à la Suisse, ce qui n'est pas très exotique pour les européens, mais néanmoins très zolie. C'est l'été indien ici, les arbres ont pris des couleurs jaunes orangées, puis rouge un peu plus haut juste avant les sommets enneigés, c'est très chatoyant. A mon sens Bariloche vaut surtout pour la vue depuis le Cerro Campanario, un des plus beaux point de vue au monde selon le National Geographic, c'est vous dire si c'est beau.


Quelques jours de détente et de promenades avant de m'engager sur la route 40 mais celle-ci vient de fermer pour l'hiver (à 10 jours près j'étais bon). Cette mythique route parcours plus de 5000 km le long de la Cordillère des Andes du Sud au Nord de l'Argentine jusqu'à la frontière bolivienne. La moitié de la route est en terre et devient trop dangereuse aux premiers assauts de l'hiver (pas de service d'assistance et les portables ne passent pas sur beaucoup de sections). Un mythe de plus s'envole, snif.


Par Toutatis, je ne vais pas mettre les gaz au Sud Sud tout de suite, je vais descendre en rappel par une voie parallèle et faire quelques stops, voir le centre de la Patagonie, souvent délaissé des touristes.

J'ai renfilé mes santiagos, ajusté mon ponchon et sifflé mon cheval. Direction El Bolson... un bled haut lieu de hippismes dans les années 70, je parle de hippisme cheveux longs et casaques bariolées, pas les p'tits bonshommes sur des poneys drogués. Il y a 30 ans, la ville s'est déclarée "zone non-nucléaire" et "municipalité écologique". Si Nicolas Hulot s'était donné la peine de s'arrêter là, vous vous laveriez la tronche avec des shampoings El Bolson ! J'ai fais du VTT dans le froid le matin, et soleil pleine poire au retour, j'ai failli me mettre dans le rouge. Le rouge je l'ai retrouvé le soir même avec Luca, un Argentin qui parcours son pays pendant 2 mois le long de la fameuse route 40 (il a fait les portions fermées plus tôt, il remonte lui, il est malin lui). On a bien parlé pendant au moins deux bouteilles dans le salon d'une auberge qui ressemblait plus à une maison familiale, tenu par un Brésilien avec qui j'ai partagé mon premier maté. L'autre intérêt de la ville réside dans le marché d'artisanat, tous les chevelus descendent des montagnes pour vendre leurs cames (je parle de bibelots fait mains). L'atmosphère est plaisante.


Next stop: Esquel city


Porte d'entrée du parc de los Alerces... encore une fois, souvent oublié des touristes, particulièrement ce jour là, je n'ai croisé aucun bipède pendant 8h hormis quelques Rangers du Parcs, c'est d'ailleurs un employé du Parc qui m'a ramené en auto stop à la ville (50km, pas envie d'attendre 2h le bus, conduite sportive, virages à la corde). C'est vraiment la morte saison mais ça ajoute à l'isolement des paysages, c'est dans l'esprit. La météo aussi, je suis plutôt chanceux mais ça peut changer en 5 min Rolex en main, faut être prêt à aimer la Bretagne l'hiver, c'est puissant.

Je suis ensuite allé une journée à Trevelin, bourgade voisine, quelques âmes, qui vivent, je n'en sais rien. J'ai croisé plus de chevaux et de chiens errants, je n'ai trouvé qu'une station service pour déjeuner, si j'étais passé 10 ans plus tôt, j'aurais déjeuner au Bagdad Café. Des plaines jaunies entourés de sommets enneigés à l'Est et de collines sèches à l'Ouest. C'est une ancienne colonie Galloise. D'autres "grandes" villes comme Trelew et Puerto Madryn, chères à Saint Exupéry, doivent leur origines aux colons gallois qui ont longtemps su conserver des traditions fortes grâce à l'isolement de la région. Au début du siècle passé, le gouvernement argentin allouait des terres gratuitement aux colons (pas par charité Chrétienne, surtout pour foutre les Mapuches et les Tehuelches dehors, suite à la "conquête du désert").


Aujourd'hui, près d'Esquel, le plus grand propriétaire terrien d'Argentine s'appelle Benetton, possède l'équivalent d'un tiers de la Belgique et empêche les Mapuches de circuler librement. Unided colors of Benetton par-ci mais par là visiblement les Mapuches ne font pas partie du spectre chromatique de tonton Bene. D'après la légende Mapuche, Galvarino (non c'est pas une station de métro) s'est fait coupé les mains par les espagnols et a continué le combat en s'attachant des couteaux aux bras. A bon entendeur. Si Benetton fait un modèle de pull sans manche, ce sera le Galvarino en véritable laine de Patagonie.


Mon combat contre les degrés de latitude continue et pour l'instant je gagne la partie malgré les conditions météo qui seront de plus en plus défavorables (quid de la liaison bateau entre Ushuaia et Puerto Williams?).


Arrivé à Calafate, j'ai rejoins Jibé que j'avais rencontré à Bariloche, un parigot pas très menthe à l'eau, qui dispose de 5 mois pour un peu d'Amérique du Sud et une traversée du Canada de Vancouver à Québec. Un peu de réclame pour la "concurrence". Le garçon fait des films et j'admire parce que je ne sais pas faire:



De mon côté, j'envois des photos dans les meilleurs délais, c'est mieux que de longs discours (pfiouu, il m'a achevé celui-là...).

Bien à vous, hasta siempre.

p.s.: Domenech continue de m'emmerder au bout du monde. C'est le revers de la médaille en chocolat d'un monde de communication autour d'un homme qui en manque cruellement, aaaaah miiiisèèèèèèèèère !!!

Volveré y seré millones


Ouais je reviendrai à Buenos Aires dans 6 mois mais je ne serai probablement pas des millions... cette phrase je l'ai piqué à Eva Peron, elle l'aurait dit sur son lit de mort... je compte ne compte pas mourir non plus... alors diable pourquoi ??? 

Pas facile de raconter une grande ville, je vais pas vous faire le guide "
uuuuh la belle avenue, aaaannnh le jolie bâtiment du parlement"... l'anecdote se suffit à elle-même.